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Philosopher...

Samedi 31 mai 2008

 Du temps solaire au temps atomique


Avant ces indications, dont la précision a augmenté avec non seulement la diffusion mais aussi le progrès des connaissances scientifiques et techniques, l’humanité avait institué des systèmes calendaires pour compter les années, les mois et les jours. Indiquer la date d’un événement, consiste dans la plupart des cas, à se contenter d’en établir la place dans le calendrier. Ce concept temporel ne connaît ainsi qu’une unité de compte, qui est, la seule pratique, c’est-à-dire le jour, et il bâtit sur elle l’architecture des mois set des années. Les origines de cette institution sont très anciennes, puisque certains anthropologues ont cru pouvoir identifier comme des calendriers primitifs des fragments moustériens. La plupart des cultures anciennes, à l’exception des cultures pré-colombiennes, ont adopté des calendriers mi-lunaires (pour les mois) mi-solaires (pour les années). Or, c’est l’impossibilité d’inclure dans une année solaire un nombre entier de mois lunaires qui a constitué la difficulté principale à laquelle les calendriers eurent à faire face. D’où des années inégales en nombre de jours, et l’institution des cycles pour compter au terme d’un certain nombre d’années un nombre égal de lunes. Ces problèmes ont occupé des générations de prêtes et d’astronomes à Babylone comme en Egypte, en Inde, en Chine et en Grèce. La solution inventée par les Egyptiens fut de se régler uniquement sur le retour de la saison des pluies, marqué par l’inondation du Nil et le lever héliaque de l’étoile Sithis (Sirius). C’était rompre avec les habitudes lunaires qui continuent cependant à être observées dans un calendrier parallèle. Cependant la solution adoptée qui restreignait l’année à 365 jours ne fut pas très heureuse puisqu’elle amena au bout de plusieurs siècles un décalage important entrer l’année légale et le retour des saisons qu’on a voulu synchroniser. Parallèlement au dédoublement de l’ancienne échelle astronomique, l’horloge mécanique s’est trouvée détrônée. Le remplacement de l’échappement mécanique par un dispositif d’entretien électrique n’apportait qu’une amélioration de détail et l’apparition des horloges à diapason ne provoqua pas non plus un progrès décisif ; mais l’avènement des horloges à quartz dans les années 30 fut une révolution due à la découverte antérieure (en 1880) de la piézo-électricité. Il s’agit là d’un phénomène qui associe un effet mécanique (pression) à un effet électrique (polarisation). En soumettant un cristal de quartz à une tension alternative, on provoque une vibration mécanique de même période. Celle-ci fournit des oscillations de très haute stabilité et de très haute fréquence, puisque les oscillateurs vibrent 1 ou 5 millions de fois par seconde. Les horloges à quartz sont donc le complément indispensable de beaucoup d’étalons atomiques de fréquence qui sont dotés d’un circuit d’asservissement permettant d’ajuster avec précision la fréquence de l’oscillateur à quartz à celle de résonateur, constitué d’atomes ou de molécules. Par conséquent d’approximative à l’origine, l’heure indiquée par les horloges n’a cessé de gagner en précision. Une étape déterminante ayant été franchie avec le développement des horloges atomiques. En effet, ces dernières permettent de mesurer le temps presque « en temps réel » ; et cela dans la mesure où ces étalons atomiques mettent à profit les vibrations internes des atomes ou des molécules résultant des phénomènes quantiques, selon lesquels la fréquence d’un rayonnement est le quotient de l’énergie libérée par le quantum d’action. Dans le cas des étalons atomiques qui ne sont pas asservis à un oscillateur à quartz, et qui sont dits pour cette raison « horloges actives », telles que maser à hydrogène, une simple décharge produit la dissociation des molécules ; le jet d’atomes obtenu traverse un champ magnétique qui joue le rôle de sélecteur d’état. Les atomes sélectionnés pénètrent ensuite dans un réservoir où ils subissent un champ magnétique très faible destiné à séparer les deux états présents par effet Zeeman. Le succès de tels étalons, qu’ils soient passifs ou actifs, provient de ce qu’ils sont capables de fournir une fréquence fixe, prédéterminée par le calcul et par la construction des horloges atomiques. C’est le cas des étalons qui utilisent la transition entre les eux niveaux hyper fins de l’état fondamental de l’atome de césium 133. De ces états provient la nouvelle définition <!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> de la seconde, c’est-à-dire la durée de 9 192 631 770 périodes de la radiation correspondant à la transition ci-dessus décrite. Cette définition, qui a été officialisée par la Conférence générale des poids et mesures (CGPM) en 1967 a rendu possible la constitution d’une nouvelle échelle scientifique définie par le même organisme en 1971. Le temps atomique international (TAI) est la coordonnée de repérage temporel par le Bureau international de l’heure sur la base des indications d’horloges atomiques fonctionnant dans divers établissement conformément à la définition de la seconde, unité de temps du Système international d’unités.

De la finitude du temps à l’infinitude du temps

 

De tous les problèmes qui sont liés à la représentation du temps, on a laissé de côté celui qui, dans la critique kantienne, apparaissait comme le plus philosophique, c’est-à-dire la finitude ou de l’infinité du temps. Parce qu’il posait au point de départ de sa critique l’idéalité du temps comme de l’espace, Kant refusait de trancher le problème, même s’il le restreignait assez arbitrairement à l’extension du temps dans le passé. Il se contentait de montrer que la raison soulevait nécessairement ce problème quoique, butant sur une antinomie, elle fût incapable de la résoudre. Le problème se pose différemment quand on est amené à concevoir le temps, dans toutes ses propriétés plus haut énoncées, comme un aspect de la nature, ou de la réalité matérielle, indépendante dans son existence des formes de notre sensibilité et des catégories de notre entendement. On sait que plusieurs théories cosmogoniques s’affrontent à ce sujet et qu’aucune réponse n’est encore définitive ou plus vraisemblable. Ce qui est acquis, c’est que la notion d’un « temps cosmique » manifesté par l’éloignement mutuel et progressif des galaxies, le rayonnement résiduel de 3° Kelvin, et l’âge des atomes de notre système solaire, s’impose à toutes les hypothèses relatives au devenir assez mystérieux de l’Univers et de sa durée. Pourtant il n’est guère possible de mettre en évidence le « temps propre » à l’aide de considérations purement physiques. L’expérience sans doute la plus frappante à cet égard est celle de deux physiciens américains J. C. Halfele et R. E. Keating, qui ayant embarqué, en 1971, à bord d’un avion, ont fait deux fois le tour de la Terre, la première fois d’ouest en est et la deuxième fois d’est en ouest. Ils emportèrent à chaque voyage une horloge atomique, dont ils pouvaient comparer l’indication horaire, à chaque retour, avec celle qu’indiquait l’horloge horaire à l’aéroport. Ces différences se sont trouvées être :

(- 59 ± 10) 10 9s pour le voyage vers l’est ;

(+ 273 ± 7) 10 9s pour le voyage vers l’ouest.

Ces différences ne sont pas évidemment « humainement » détectables. Cette expérience est donc une illustration très modeste du paradoxe des jumeaux. Néanmoins ses résultats sont en excellent accord avec les prévisions des formules relativistes applicables à ce cas particulier. Le concept de « temps propre » s’en trouve renforcé.

 

Que pouvons-nous en faire au plan de l’expérience humaine ? Il est impossible de ne pas remarquer que chacun de nous, en tant qu’organisme vivant,  a la conscience de vivre un « temps propre », lequel recouvre d’ailleurs une allure variable par rapport au temps du calendrier, au cours de notre vie. On constate que le temps du monde ne s’écoule pas à vitesse égale pour le bébé, l’enfant, l’adulte et le vieillard. Cette constatation a reçu un statut scientifique depuis que Lecomte de Nouy, qui avait décrit la vitesse de cicatrisation des plaies chez les blessés de guerre d’âge différent, a complété ses informations par la culture de tissus animaux prélevés chez des individus plus ou moins jeunes. Ainsi, il est parvenu à élaboré la notion de « temps physiologique » où l’âge physiologique est exprimé en fonction de l’âge civil, mais non d’une façon linéaire. La courbe prend une allure hyperbolique ; elle plafonne pour les 33 années d’âge physiologique. Cette courbe rend compte du fait que l’enfant vit tant d’événements intimes en peu de temps que la marche de ce dernier lui semble très lente ; l’adulte voit cette marche devenir plus rapide ; cette rapidité croît encore après l’âge de 50 ans. Dans la vieillesse le temps prend une allure uniforme à laquelle on ne peut attribuer ni lenteur ni rapidité. « Le Temps voyage à diverses allures selon les diverses personnes. Je vais vous dire avec qui le Temps va l’amble, avec le Temps trotte, avec qui le Temps galope, avec qui il reste immobile<!--[if !supportFootnotes]-->[2]<!--[endif]--> ». Mais, à force d’en être obnubilé, on déforme le temps. Le futur finit par crever les yeux, comme l’arrière-plan d’un tableau maniériste. Que cette déformation volontaire permette vraiment de se projeter dans l’avenir est une autre histoire. Ainsi les chercheurs de la Silicon Valley en viennent à minimiser le passé. Ils sont, pour ainsi, payés pour faire table rase du passé. Le passé et l’avenir sont communément considérés comme antithétique : à trop s’attarder sur l’un, où crée l’impression que l’on est dépourvu de l’autre. La perception qu’ils ont du temps est d’ordre purement technique. Ce qui se comprend d’autant mieux que l’on sait que les maîtres des nouvelles technologies « débitent » le temps en unités plus petites que celles qui sont utilisées par les êtres normaux. Le temps, se réfléchit donc dans le concept d’identité. Ainsi les chercheurs sont classé selon les catégories suivantes : les individus “ milliseconde ”, les “ microseconde ”, les “ nanoseconde ”, les “ picoseconde ”, les “ femtoseconde ”, les “ attoseconde ”. Une milleseconde représente un millième de seconde ; une attoseconde, un milliardième de milliardième de seconde. Les individus ”milleseconde ” et les “ attoseconde ”, a expliqué un responsable de chez Sun, non seulement jouent dans deux catégories différentes, mais ils éprouvent même des difficultés à communiquer entre eux. Toutes ces distorsions d’ordre temporel ont le même effet : pousser l’esprit humain à aller plus loin que son temps. La route du passé disparaît très vite, la route du futur saute aux yeux, débitée en tranches toujours plus courtes. On prétend souvent qu’aujourd’hui le temps passe plus vite qu’autrefois. À l’évidence, cela ne peut pas être vrai sur le plan factuel. Mais, sur celui de la perception, il y a sûrement une part de vérité dans cette affirmation puisque les gens en particulier les gens très occupés le répètent à l’envi. S’il nous est possible d’accorder nos montres sur une même heure, force est de reconnaître que nous ne vivons et ne percevons pas tous le temps de la même manière. Ainsi P. Fraisse a mis en évidence la variabilité de la perception du temps en fonction de l’activité. De plus le temps psychique serait lui-même tributaire des rythmes biologiques ; du moins est-ce la conception d’une discipline relativement récente qu’est la chronopsychologie...

Du chronos au Tempus

 

Si je dis par exemple qu’une minute vient de s’écouler ; j’entends par là qu’une pendule, battant la seconde, a exécuté soixante oscillations. Si je me représente ces soixante oscillations tout d’un coup et par une seule aperception dans l’esprit, j’exclus par hypothèse l’idée d’une succession : je pense, non à soixante battement qui se succèdent, mais à soixante points d’une ligne fixe, dont chacun symbolise... une oscillation du pendule. Si, d’autre part, je veux me représenter ces soixante oscillations successivement, mais sans rien changer à leur mode de production dans l’espace, je devrais penser à chaque oscillation en excluant le souvenir de la précédente, car l’espace n’en a conservé aucune trace : mais par là même, je me condamnerais à demeurer sans cesse dans le présent ; je renoncerais à penser une succession ou une durée<!--[if !supportFootnotes]-->[3] <!--[endif]--> ». Mais poursuit Bergson, si on mélange le souvenir de la précédente oscillation avec l’actuelle, il y a soit juxtaposition soit fusion de l’une dans l’autre. Nous obtenons « une multiplicité indistincte ou qualitative, sans aucune ressemblance avec le nombre : j’obtiendrais ainsi l’image de la durée pure, mais aussi, je me serais entièrement dégagé de l’idée d’un milieu homogène ou d’une quantité mesurable<!--[if !supportFootnotes]-->[4]<!--[endif]--> ». En d’autres termes, nous confondons une succession sans extériorité, notre propre durée, avec une extériorité sans succession qui appartient aux objets placés dans notre espace. Pour Bergson, le temps de la physique n’est pas la durée de même que le temps de la durée n’est pas celui de la physique : « Le mouvement que la mécanique étudie n’est qu’une abstraction ou un symbole, une commune mesure, un dénominateur commun permettant de comparer entre eux tous les mouvements réels ; mais ces mouvements, envisagés en eux-mêmes, sont des indivisibles qui occupent de la durée, supposent un avant et un après, et relient les moments successifs du temps par un fil de qualité variable qui ne doit pas être sans quelque analogie avec la continuité de notre propre conscience<!--[if !supportFootnotes]-->[5] <!--[endif]--> ». Il précise du reste quelques pages auparavant : « La durée vécue par nos consciences est une durée au rythme déterminé, bien différence de ce temps dont parle le physicien et qui peut emmagasiner, dans un intervalle donné, un nombre aussi grand qu’on voudra de phénomènes<!--[if !supportFootnotes]-->[6] <!--[endif]--> ». Pour notre auteur, la durée est une « donnée immédiate de la conscience » ;  la réalité extérieure est immédiatement révélée à notre esprit. La vie consciente est faite de la durée, c'est-à-dire d’une succession d’états qualitativement différents. Le psychique est continu et mouvant. Dans son livre, Les Données immédiates de la conscience, Bergson, soutient que si nous enlevions aux données de l’expérience tous les artifices du langage et du raisonnement pour les exprimer et les analyser elles deviendraient qualitatives et non plus quantitatives. C’est donc notre intelligence qui constitue le piège ; elle veut mesurer et toute mesure est irréalisable hors de l’espace homogène. Dans l’Evolution créatrice, il précise d’ailleurs que la fonction naturelle de l’entendement est « une fonction essentiellement pratique, faite pour représenter les choses et des états plutôt que des changements et des actes [...] pour qu’en dehors sur la matière [...] en pratiquant dans le flux réel, des coupes instantanées<!--[if !supportFootnotes]-->[7]" 

 

On voit par conséquent que le temps humain dans la mesure même où il est social n’a pu se rendre indépendant du temps astronomique, c'est-à-dire avant tout du mouvement orbital de la Terre autour du Soleil. Il est du reste aussi intéressant de constater que la physique moderne a dû rompre, de son côté, avec la mesure du temps déterminée par l’observation astronomique, laquelle reste toujours nécessaire. Quant aux échelles de temps scientifiques, elles doivent prendre elles-mêmes leur origine dans le calendrier social et l’heure officielle. Pour établir ces diverses mesures, la simultanéité est reine, comme l’avait bien vu Einstein, et son rôle consiste toujours à assigner à un fragment d’espace, qu’il s’agisse d’habitat humain ou d’expansion cosmique, une datation dont l’exactitude est demandée à une horloge naturelle ou artificielle, parfois à plusieurs horloges à la fois. Le naturaliste Karl Von Linné (1707-1778) avait conçu une horloge fondée sur l’heure d’ouverture et de fermeture de douze espèces de fleurs. L’ouverture du millepertuis avait lieu entre 7 et 8 heures ; la fermeture de la primevère entre 17 et 18 heures. Depuis les années cinquante, la chronobiologie représente une étape nouvelle dans la connaissance du vivant. Elle a permis d’introduire la dimension du temps dans les sciences de la vie. Ce faisant, elle impose de considérer tout organisme dans son environnement et s’inscrit donc dans un courant de la biologie intégrative inaugurée par le naturaliste Darwin, celle qui donne priorité à la synthèse des connaissances plutôt qu’aux descriptions analytiques limitées à certains phénomènes. La paléontologie est une science à part entière et présente de nombreuses facettes dont la paléontologie stratigraphique qui permet d’affiner et de compléter les biochronologie. Leur échelle de temps absolu peut être calculée grâce à de nombreuses méthodes physico-chimiques. Elle représente donc un outil de datation extrêmement important car elle devient de plus en plus précise en profitant un développement des méthodes de datations absolue.

 

Ainsi, il est classique d’opposer deux conceptions du temps. Suivant l’une le temps est un écoulement continu comme celui du sable dans un sablier ou d’un liquide dans l’horloge à eau d’Aménophis III, vieille de 3 4000 ans. Ce modèle linéaire a prévalu dans le monde occidental depuis le début de l’ère chrétienne. Suivant l’autre, le temps est un processus périodique comme celui d’un pendule ou le rythme de l’ombre portée sur un cadran solaire. Ce modèle périodique est celui du monde grec et des civilisations orientales. On peut aussi utiliser le modèle d’une progression en spirale qui combine la linéarité et la périodicité. Deux hongrois envisagent d’ailleurs de célébrer l’an 2000 en construisant un gigantesque sablier circulaire<!--[if !supportFootnotes]-->[8]<!--[endif]--> qui égrènerait le temps selon un rythme annuel. Il pèse 60 tonnes et mesure 9 mètres de diamètre et 2,5 mètres de largeur. C’est un mélange de granit rouge, d’inox, de verre antichoc et de sable synthétique… Il s’agit en fait d’un projet de sablier gigantesque incrusté dans une immense roue imaginée par l’architecte hongrois Istvan Janaky et l’historien en littérature Jonas Herner pour célébrer le nouveau millénaire. Les 4,4 tonnes de sable mettraient exactement un an à s’écouler dans le récipient inférieur. Ce dernier devrait être ainsi totalement rempli pour la première fois le 1er janvier 2000 à 0 heure. Un système de poulies et de treuils retournerait alors le dispositif, avançant la « roue du temps » une fois par an de 12,56 mètres. Les deux concepteurs ont calculé qu’il faudrait cinquante ans pour parcourir l’avenue Dozsa au cœur de Budapest où ils ont envisagé de l’installer. « Ce double mouvement, vertical et circulaire, associe les conceptions occidentale (judéo-chrétienne) et orientale (hindouisme, bouddhiste) du temps. Pour les occidentaux, l’effet de temps décrit un itinéraire linéaire, avec un « début <!--[if !supportFootnotes]-->[9]<!--[endif]--> » et une « fin<!--[if !supportFootnotes]-->[10]<!--[endif]--> » alors que les orientaux prennent l’éternel retour, incarné à la fois par le retournement du sablier et par le mouvement circulaire de la roue ». À travers cette œuvre impressionnante, les Budapestois pourront donc méditer sur ce qui a tant préoccupé St augustin, Nietzsche, Kant ou encore l’astrophysicien S. Hawking qui représente lui aussi, le temps-espace par un « sablier » dont les deux vases incarnent le passé et l’avenir absolu, tandis que le point de jonction figure le présent.

Conclusion

La représentation en serait donc la prise première à laquelle renvoie encore l’intellect pour la compréhension qu’elle fonde. Elle ramènerait ces « présents », d’abord insaisissables, du passé au futur à la simultanéité du thème. Comme si le temps, dans sa diachronie, revenait à une éternité manquée, à « l’image mobile de l’éternité immobile » ou de l’Un consommé.

 

On n’échappe décidément pas à la question du temps. Le temps n’est-il pas un feu qui me dévore, pour reprendre une image chère à J. L. Borgès ? Certes, mais ne suis-je pas le feu ? « notre destin est effrayant parce qu’il est irréversible, parce qu’il est de fer. Le temps est la substance dont je suis fait. Le temps est un fleuve qui m’entraîne, mais je suis le temps ; c’est le feu qui me consume mais je suis le feu. Pour notre malheur, le monde est réel, et moi pour mon malheur, je suis Borges ». Ainsi il apparaît que le temps ne s’épuise pas dans sa façon de se faire connaître et de se conformer aux exigences de sa manifestation ; il y a sans doute autant de manière de mesurer le temps qu’il existe de savoirs du temps. À tel point que le sens commun ne saurait disputer au philosophe le dernier mot « le temps ne se peut pas saisir en lui-même : il ne se montre que nié<!--[if !supportFootnotes]-->[11]<!--[endif]--> ». L’essence du temps demeure incertaine. Nous en avons une expérience quotidienne et concrète, il est en quelque sorte l'épaisseur même de notre existence et pourtant, l'intelligence est incapable de le saisir, de le cerner aussi aisément que les autres réalités. Comment alors expliquer une telle résistance du temps, un tel refus ou une telle impossibilité à se laisser enfermer dans le cadre de l'idée ; le temps se donnant à interpréter à la fois comme un en deçà de l'être impensable positivement et comme la dimension même de la pensée ? On peut aussi l’aborder autrement, s’il ne se prouve pas c’est sans doute qu’il s’éprouve…

 

Evelyne ROGUE

Docteur en philosophie


 

 

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Samedi 31 mai 2008

 

Prendre la mesure du Temps



Le temps, mais « qu’est-ce que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> ». Sans doute nul autre mieux que Saint Augustin n'a posé, du moins avec autant “ d'acuité et de simplicité ” le problème inhérent à l'idée de temps ; sans pourtant le résoudre. Mais qui serait en mesure de l'expliquer facilement et brièvement ? Qui pourrait  se vanter de le concevoir même en pensée suffisamment nettement pour exprimer l'idée qu'il s'en fait ? Sans doute est-ce parce que le temps semble échapper à l'idée que nous nous en faisons, qu’il s’avère être dans bien des cas source de mal-aise, voire d’un mal-être tant dénoncé aujourd'hui. S’il fut de tout temps, un thème privilégié des philosophes, il n’en demeure pas moins celui qui leur posa le plus grand nombre de problèmes. A tel point d’ailleurs que certains d’entre eux, en proie autant aux apories qu’aux contradictions, ont préféré tenter d’en réfuter l’existence.

 

L’essence du temps est donc une énigme. D’ailleurs, il serait peut-être opportun, sinon nécessaire, avant même de tenter à définir le temps de savoir ce que nous cherchons à définir. S’agit-il du temps quantitatif ? Faisons-nous référence au temps subjectif ? Envisageons-nous le temps historique ? Existe-t-il un temps universel ? Peut-on parler d’un temps cosmique ? Le temps de la conscience, de ma conscience coïcide-t-il avec le temps tel que le conçoit le physicien ? Du temps objectif de nos horloges au temps subjectif qui est mien y a-t-il une différence de nature  ou bien seulement de degré ? Le temps n’est rien, mais tout est dans le temps. Les philosophes s’évertuent à le répéter depuis des siècles : « le passé n’est plus, l’avenir n’est pas et le présent n’est rien <!--[if !supportFootnotes]-->[2]<!--[endif]--> ». Et pourtant, en dépit de ce fait aussi incontesté qu’incontestable, l’histoire du temps ne cesse de nous montrer la mesure du temps comme paradigme du temps passé, présent et à-venir. En un mot, l’humanité ne semble pas pouvoir renoncer à mesurer le temps qui passe. Mais peut-on prendre la mesure du temps ? Pourquoi afficher une telle volonté, une telle détermination, à mettre le temps en mesure ? Cette opiniâtreté à vouloir mesurer le temps n’a-t-elle pour fin que de définir la pluralité des temps, de rendre possible cette tâche, considérée jusqu’alors comme révélée irréalisable, ou bien vise-t-elle seulement à conjurer un temps dont on voudrait qu’il suspende son vol pour l’éternité ?

De la mensurabilité du temps

 

À l’aube du IIIe millénaire nul ne peut ignorer le compte à rebours du temps, inscrit sur la Tour Eiffel. Qu’est-ce à dire ? Que le temps se donne aussi bien à voir qu’à interpréter sous forme d’unités. S’il est, comme l’affirmait Aristote, « le nombre du mouvement selon l’avant et l’après », force de reconnaître non seulement qu’il se déroule selon la succession des moments, lesquels scandent les changements auxquels sont soumis les phénomènes. Force est de reconnaître aussi l’ambition de mesurer le temps a coïncide avec la recherche d’un mouvement absolument régulier, suscitant par là même la réalisation de techniques de plus en plus sophistiquées, en partant des cadrans solaires pour aboutir aux horloges atomiques.

 

Or nul ne peut contester que le temps se donne à voir à travers des unités de mesure qui nous sont familières : secondes, minutes, heures, jours, semaines, mois, années... D’ailleurs, dès la plus haute Antiquité, les hommes ont manifesté cette volonté de mesurer le temps. La technique de mesure était certes simple, sinon simpliste au départ, puisqu’il s’agissait uniquement de prendre pour étalon un mouvement régulier. On trouve ainsi le cycle solaire comme premier mouvement régulier auquel les hommes ont manifesté de l’attention eu égard à la mesure du temps. La subdivision de l’année solaire en unités de temps mieux adaptés aux rythmes de l’évolution de l’espèce, que nous connaissons fort bien aujourd'hui, trouve, quant à elle, son origine dans des conventions purement humaines. Les Babyloniens, par exemple, divisaient l’année en 12 mois de 30 jours auxquels ils ajoutaient un mois supplémentaire tous les six ans afin de se « mettre à jour » avec le calendrier solaire. Il ne fait d’ailleurs nul doute que depuis fort longtemps les hommes disposent d’instruments de mesure plus ou moins perfectionnés. À l’heure où St Augustin a rédigé ses Confessions, il y a tout lieu de penser, que pour se repérer dans le temps il avait à sa disposition un cadran solaire, un sablier, peut-être même une clepsydre. Si l’horloge hydraulique ne fait son apparition qu’au XIIe siècle il faudra attendre le XIVe siècle pour voir apparaître l’horloge mécanique, et le XIXe pour voir l’avènement de la fée Électricité, à l’origine de l’horloge électrique. Aujourd'hui qui ne dispose pas d’une montre à quartz, d’un réveil radio-commandé ?

 

La répartition du temps en jours, mois, années, remonte donc à la préhistoire. Quant à l’institution des calendriers, elle caractérise les plus anciennes civilisations ; toutes deux manifestant la volonté, d’origine tout autant pragmatique que religieuse, de mesurer le temps. Ainsi, la science antique ne fit que perfectionner le comput empirique des jours et des heures en créant d’une part l’astronomie, fondée sur la croyance au mouvement régulier des astres, et les instruments primitifs de mesure du temps d’autre part, comme le cadran solaire et la clepsydre. Il est du reste à noter que du cadran solaire à l’horloge atomique, les progrès de la métrologie ont joué un rôle déterminant dans la définition du temps lui-même. Mais justement qu’est-ce qu’une échelle du temps<!--[if !supportFootnotes]-->[3]<!--[endif]--> ?

L’échelle du temps

 

Le problème de la mesure du temps a pu longtemps être confondu avec de la définition du temps lui-même. En effet, si l’on considère ce dernier comme une échelle servant à déterminer une grandeur extensive<!--[if !supportFootnotes]-->[4]<!--[endif]-->, dont les divisions permettent d’assigner des dates à des événements simultanés, et surtout dont les différences entre ces divisions fournissent la mesure de la durée qui s’écoule entre elles, alors il semble ne pas y avoir de différence entre disposer d’un temps d’une part et d’une méthode de mesure des durées d’autre part. Certes on pourrait nous objecter qu’il est toujours possible de s’interroger sur l’identité de durées, censées correspondre à des écarts égaux entre des divisions homologues (années, de jours, de secondes...), mais nous répondrions alors qu’il s’agit dans ce cas d’un problème central de la mesure du temps, lequel a justement donné naissance à une histoire parcourant tous les âges de l’humanité jusqu’au nôtre. La vie sociale contraint de prendre le jour, de quelque manière<!--[if !supportFootnotes]-->[5] <!--[endif]--> qu’on le définisse comme étalon de son échelle de temps. Cette échelle rencontre pourtant une difficulté insurmontable ; et cela dans le mesure où les divisions du temps plus larges - auxquelles la vie sociale doit également se conformer - ne comptent pas un nombre entier de jours. Une lunaison compte apparemment 29 ou 30 jours, mais il ne s’agit là que d’une approximation. Une année solaire compte au moins 365 jours, mais ce n’est toujours qu’une approximation. Certaines civilisations, nomades plus qu’agraires, du moins à l’origine, ont voulu se conformer principalement au cycle lunaire. Ainsi, le calendrier musulman compte en une année douze mois ayant alternativement 29 et 30 jours. Cependant le douzième mois, qui devrait être de 29 jours, compte 30 jours dans les années dites « abondantes » qui reviennent 11 fois dans un cycle de 30 ans. De cette façon, les années qui comptent 354 ou 355 jours rattrapent de la meilleure façon possible le cycle lunaire. De cette manière, le mois du ramadan, qui est le neuvième mois de l’année, parcourt régulièrement les mois du calendrier grégorien, lequel obéit à d’autres exigences. Dans d’autres civilisations, notamment celles plus soucieuses de se conformer au cycle annuel du Soleil dont dépendent les saisons, et par conséquent les semailles et les récoltes, on a choisi d’ajouter un treizième mois lunaire aux douze mois habituels, cela uniquement lorsque le décalage entre saisons et lunaisons de l’année devient insupportable. Selon le cycle de Méton <!--[if !supportFootnotes]-->[6]<!--[endif]-->, il est nécessaire d’ajouter sept fois en dix neuf ans un treizième mois ; mois qui contiennent 29 ou 30 jours, mais pas toujours de façon alternative. Les astronomes d’Alexandrie avaient pourtant, depuis l’époque hellénique, préparé la solution de l’année que nous nommons « bissextile » c'est-à-dire celle qui assigne à l’année 366 jours, tous les quatre ans. Mais personne n’eut suffisamment d’autorité pour faire appliquer cette échelle du temps. Ce n’est donc que sous le règne de Jules César qu’un nouveau calendrier s’imposa, non seulement en Egypte, mais dans l’empire tout entier. Malheureusement la correction était trop forte et l’année prenait du retard, un retard tel, que la fête de Pâques qui ne pouvait avoir lieu qu’après le 21 mars date à laquelle avait été un peu imprudemment fixé l’équinoxe du printemps, au IVe s. de notre ère, s’avançait dangereusement vers l’été. Cette solution du calendrier julien ne s’avéra donc pas être la meilleure pas, puisque trop courte, l’année moyenne était devenue trop longue. De plus, il aurait fallu supprimer de temps à autre l’année bissextile. Plusieurs réformes du calendrier furent tentées au cours du Moyen Age. Finalement le pape Grégoire promulgua en 1582 un nouveau calendrier, dont les règles avaient été établies par l’astronome et mathématicien jésuite Clavius. C’est ainsi que depuis quatre siècle, on a pu faire quelques critiques à ce calendrier grégorien, qui est sans doute trop fidèle au calendrier julien pour la subdivision des mois et trop fidèle à la tradition juive, qu’il doit du reste interpréter dans un cadre différent de celui de cette tradition, pour la fixation de la fête mobile de Pâques. Il faut néanmoins reconnaître, en dépit de toutes les critiques que l’on peut faire à ce calendrier, que l’ajustement avec l’année solaire est cette fois suffisant pour ne pas nécessiter la rectification d’un jour entier avant 10 000 ans. C’est sans doute la raison pour laquelle le calendrier grégorien est considéré actuellement comme le calendrier universel ; et cela en dépit du fait que des traditions culturelles différentes continuent à se régler sur les propres calendriers.

La mesure du temps

 

Quoi qu’il en soit, le calendrier a été et demeure dépendant de notre environnement, de même que les premières horloges naturelles, destinées à découper la journée et la nuit. Pour celles-ci, le Soleil a joué, un rôle très déterminant. Il était en effet facile de se régler sur la longueur de son ombre, laquelle est toujours la plus courte à midi. De cette observation est née l’invention du cadran solaire, perfectionné chez les anciens par les Grecs, les Arabes<!--[if !supportFootnotes]-->[7] <!--[endif]-->, les hommes du Moyen Age, et même nos techniciens des XVIIe et XVIIIe siècle. Il suffisait d’orienter l’arête ou le style du cadran parallèlement à l’axe du monde (nord-sud), c'est-à-dire de former avec le plan horizontal un angle égal à la latitude du lieu quand on place l’instrument dans le plan méridien, pour obtenir des indications valables durant toute l’année. Pendant longtemps, on adjoignit pourtant à ces cadrans des indications destinées à diviser, selon les saisons, la journée en douze heures égales. La même exigence était reportée sur les clepsydres, ou horloges à eau, c'est-à-dire les premières horloges artificielles dont on s’efforçait de régler le débit pour qu’il soit à peu près uniforme. Le sablier et les bougies qui se consument reposent d’ailleurs sur le même principe. Dans tous les cas, il est nécessaire d’obtenir un temps égal pour reproduire un processus semblable. L’avantage de ces instruments repose dans le fait qu’ils sont utilisables tout le temps, à l’inverse d’un cadran solaire, inutilisable quand le Soleil est caché. Ils consituent des sortes de «garde-temps » toujours disponibles, pourvu qu’ils soient entretenus. La recherche d’instruments toujours meilleure, c'est-à-dire aussi fidèles pour l’estimation des durées que l’est une bonne balance pour l’estimation des poids, a été l’école de la mesure du temps. En Europe, au XIVe siècle, on crut avoir fait un grand progrès lorsqu’on découvrit un moyen de compter les battements d’un balancier horizontal (foliot) grâce à des roues dentelées commandées par un mécanisme d’échappement (verge). Cette invention d’un mécanisme d’échappement est du reste capitale dans la technique de l’horlogerie. Elle avait été mise au point quelques siècles auparavant par les Chinois, sur des clepsydres. Pourtant pas plus la clepsydre que la première horloge mécanique ne sont pas des instruments « fidèles ». Il était facile de s’en apercevoir en comparant les indications de ces instruments à celles qui sont fournies, grâce aux horloges naturelles, par le Soleil ou les étoiles. Pendant des siècles, les horloges mécaniques dont s’ornaient les églises et les beffrois étaient ajustées chaque jour après consultation du cadran solaire... Ce n’est donc que dans la seconde moitié du XVIIe siècle que l’horlogerie fit un progrès décisif. Utilisant une suggestion de Galilée, Huygens appliqua les oscillations d’un pendule à la régularisation du mouvement d’une horloge. Il utilisait aussi les oscillations d’un balancier spiral (ressort), permettant ainsi d’améliorer énormément la technique des montres et des chronomètres portatifs. Le pendule ou le balancier impose sa fréquence à l’avancement des rouages, qui lui fournissent en retour l’énergie nécessaire pour entretenir son mouvement. Les rouages sont mus par un poids ou un ressort. Comme la période du pendule ou du balancier est réglable selon des lois physiques, on peut la fixer à une seconde astronomique, c'est-à-dire la soixantième partie d’une minute, qui est elle-même la soixantième partie d’une heure, laquelle est la vingt-quatrième partie d’un jour solaire moyen ! On appelle donc jour solaire moyen la durée que prend l’astre fictif, dit soleil moyen pour revenir au méridien d’un lieu, compte tenu que cet astre accomplit son parcours sur l’écliptique, à vitesse constante en 365, 25 jours solaires moyens. L’invention du pendule rendit par conséquent sensible l’irrégularité du jour solaire vrai. Cette substitution d’un soleil moyen au soleil vrai comme horloge artificielle montre d’ailleurs bien que la précision, dans la mesure du temps, est venue à partir de la deuxième moitié du XVIIe siècle. Cette précision, on la doit non pas aux progrès de l’astronomie d’observation, qui s’est réglée elle-même sur un jour sidéral moyen<!--[if !supportFootnotes]-->[8] <!--[endif]-->, mais aux progrès conjoints de la physique théorique et des instruments dont elle pouvait contrôler l’exactitude. Pendant deux siècles, on pu assister à un remarquable accord entre l’horlogerie mécanique, dotée du pendule et d’un mécanisme d’échappement constamment amélioré, et la mécanique céleste, régie par les lois de Newton, qui donnait raison des difficultés que l’astronomie d’observation avait rencontrées au long des siècles. On aurait presque pu croire qu’il existait un seul temps sur la terre comme dans les cieux, et que sa mesure était fournie par l’habileté conjointe des physiciens et des horlogers…

De la dissociation des temps

 

Cet accord merveilleux fut pourtant de courte durée. Les difficultés rencontrées dans l’explication du mouvement des planètes se révélèrent insolubles dans la seule échelle de temps scientifique connue jusqu’alors, c'est-à-dire l’échelle astronomique qui comptait en jours juliens et en années juliennes à partir du 1er janvier 4713 avant J.-C.. Comme l’avait montré l’astronome américain Newcomb, il était nécessaire d’introduire une deuxième échelle de temps : échelle du temps qu’on fit commencer le 31 décembre 1899 à midi, et qu’on appellera éphémérides (TE). Seule cette deuxième échelle peut être dite uniforme, c'est-à-dire capable de livrer des temps égaux pour des processus rigoureusement semblables, comme l’exige la formulation des lois de mécanique. En toute logique, on associa à cette échelle une nouvelle unité, la seconde de temps des éphémérides, définie comme la fraction 1/31 556 925,9747 de l’année tropique pour le 31/12/1899<!--[if !supportFootnotes]-->[9]<!--[endif]--> à 12 heures. On peut remarquer que - même pour la détermination d’une échelle scientifique de temps – la référence à un calendrier social est nécessaire. Il est en effet nécessaire d’implanter les nouvelles échelles dans un comput commode et déjà établi. De plus, il n’est plus possible se fier à une horloge universelle directement consultable.

 

La différence de l’heure par rapport au lieu où l’on se trouve est pourtant un phénomène devenu familier. Un voyage automobile de 500 km, à la latitude de Paris, suffit pour rendre sensible à notre sens de « l’orientation horaire » la différence de temps solaire. Cette différence d’heure ne comporte du reste rien de mystérieux. Elle dépend de la rotation de la Terre sur elle-même, c'est-à-dire du fait que les longitudes s’offrent tour à tour à la lumière du Soleil, d’est en ouest, et s’en éloignent de même. Les Anciens qui faisaient tourner en un jour le Soleil autour de la Terre en déduisirent les mêmes effets. Ils eurent cependant quelques difficultés à comprendre que les cadrans solaires primitifs ou gnomons constitués d’un pieu vertical et d’un tableau horaire perpendiculaire à ce pieu <!--[if !supportFootnotes]-->[10]<!--[endif]-->, donnent des indications fantaisistes quand on les transporte d’une latitude à une autre. Un tel cadran solaire est valable toute l’année pour sa latitude. Quant aux décalages horaires, selon la longitude, ils correspondant alors au mouvement apparent du soleil. Il ne nous faut d’ailleurs pas oublier que les Grecs à l’époque Alexandrine, puis les Arabes, surent développer la science et la technique du cadran solaire, puis celles des clepsydres et de l’astrolabe. Ce dernier instrument fut utilisé en Occident jusqu’au XVIIIe siècle pour faire le point en mer selon la latitude.

 

De nos jours, la relation à l’heure légale à la marche apparente du soleil n’est qu’approchée et dépend de l’époque de l’année, puisque l’heure légale est réglée sur le Soleil moyen, considéré comme un astre fictif décrivant la courbe de l’Enclitique en 365 jours 1/4 exactement. L’adoption depuis la fin du XIXe siècle du GMT (Greenwich Mean Time) comme référence de base a codifié cet aménagement que les progrès de l’horlogerie et des communications ferroviaires avait rendu nécessaire. Mais ce dernier ne pouvait éradiquer totalement la coutume ancienne qui voulair que l’on lise l’heure de midi au passage supérieur du Soleil au méridien du lieu. C’est la raison pour laquelle on a inventé les fuseaux horaires, chargés de rétablir dans le nouveau concept horaire les distinctions anciennes, que notre mode de vie continue de justifier. Ainsi, nous savons qu’il est possible d’appeler Moscou au téléphone dès 7 heures du matin mais qu’il est préférable d’attendre 3 heures de l’après-midi pour appeler New York. Cette adaptation du temps légal à la marche apparente du Soleil n’a certes rien de commun avec la relativité du temps dans les repères inertiels. Elle montre cependant que le problème de la simultanéité est aussi important pour le temps humain qu’il l’est pour le temps physique. Il n’est pas pourtant pas excessivement difficile de définir une simultanéité officielle pour la Terre entière. D’ailleurs, le Bureau International de l’Heure est chargé de cette tâche, et le TU (« temps universel) qu’il délivre est, en fait, depuis 1976, un TUC (« temps universel coordonné »), qui fonctionne au même rythme que le temps atomique (TA), qui est l’échelle scientifique internationale, mais ne s’écarte pas de plus de 9/10e seconde du G.M.T. corrigé des variations du pôle (TU1). Ainsi, c’est par rapport à ce TUC<!--[if !supportFootnotes]-->[11]<!--[endif]--> que se déterminent les heures légales des différents fuseaux horaires. C’est aussi par rapport à lui que se règlent les différents usages du temps, en navigation maritime, aérienne et spatiale. Les liens entre l’espace et le temps sont donc aussi importants pour le temps humain qu’ils le sont pour le physicien, même s’ils sont différents.

 

Il faut du reste signaler que, depuis 1983, l’étalon universel de mesure spatiale n’est plus lié à une longueur qui était approximativement e « mètre » du pavillon de Breteuil mais à la vitesse de la lumière : c’est le parcours d’un rayon lumineux pendant une fraction infime de seconde. La raison de ce choix est que l’étalon du temps est déterminé avec plus d’exactitude que l’étalon d’espace, et que l’équivalent L = cT s’impose ne métrologie comme en physique de base.


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Jeudi 17 avril 2008

 

Collectif

Bergson, La pensée et le mouvant

Analyses & Réflexions

978-2-7298-4841-5,  ARBERG

17,5 x 26 cm, 128 pages, 11,5 €

Parution : 1998        statut : Disponible

 

La multiplicité des approches du texte et la problématique des œuvres permet d'en apprécier la modernité, et de faire découvrir à des étudiants littéraires ou non littéraires des textes classiques qui, sans cela, seraient restés incompris voire inconnus.
Pour chacun des ouvrages de la collection : la vie de l'auteur, l'œuvre, l'époque…
De nombreuses contributions originales de spécialistes : études littéraires, explication de texte – approches philosophiques – approches psychanalytiques – anthologie critique – biographie, filmographie, entretiens, interviews, etc.


EDITIONS ELLIPSES


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Académie de Versailles


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Jeudi 17 avril 2008


E. ROGUE, Compte-rendu critique de "Plourde, Simone. Emmanuel Lévinas. Altérité et responsabilité", in Revue Science et Esprit, Ottawa, Ontario (Canada), juin 1999.




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Jeudi 17 avril 2008


E. ROGUE, " Le rôle du philosophe contemporain "N°9, Mars 1997



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Jeudi 17 avril 2008


E. ROGUE, "La perception n'appartient-elle qu'à l'homme?" in Arob@se, Vol. 3, N°1, mars 1999



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Jeudi 17 avril 2008


E. ROGUE, "Pour une esthétique de l'interactivité dévoilante", in La Pensée, Canada, septembre 1999.



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Jeudi 17 avril 2008

E. ROGUE, "L'autobiographie : entre désir d'exister et désir d'éternité", in Horizons philosophiques, Québec, septembre 1999

Selon W. Gibson, "Il y a beaucoup de communication sur Internet. Des échanges se font constamment aux quatre coins de la planète. Et c'est e
" DEFINITION : récit rétrospectif en prose qu'une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu'elle met l'accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l'histoire de sa personnalité ".
" Pour qui ce récit ? Non certes pour toi, mon Dieu, mais pour ma race, pour la petite portion de la race humaine, oui, si petite qu'elle soit, qui tombera peut-être sur mon présent livre. Et quel dessein ? Afin que moi-même et que mon lecteur, quel qu'il soit, nous concevions de quelle profondeur il faut crier vers toi " . D'emblée le problème du pacte autobiographique semble posé. En effet, non seulement le " je " de l'auteur est identique à celui du narrateur, mais en plus St Augustin désigne ces interlocuteurs de manière ostensible ; lecteurs qu'il souhaite convertir. Mais alors pourquoi avoir écrit une autobiographie et non une œuvre didactique destinée à l'intention des athées ? Par-delà ce discours tout à la gloire de Dieu, et par suite et au-delà de tout discours autobiographique, nous pouvons nous demander quelle signification ultime revêt une telle démarche, quelle téléologie vise le " je " de l'auteur-narrateur se narrant lui-même ?

 



I : La connaissance de soi par soi et pour soi

II : La connaissance de soi par Autrui et pour autrui

III : Du désir d'exister au désir d'éternité

 

Par conséquent, le " je " de l'auteur identique à celui du narrateur se réalise en tant que tel à travers le projet autobiographique qui le fait exister pour soi et pour autrui. Non seulement, ce projet permet au " je " de vivre un temps ouvert, mais en plus cette manière de concevoir le temps le fait sortir du présent - par anticipation - en l'incitant à agir pour transformer sa situation et celle d'autrui. Le projet ainsi que son actualisation permettent d'une part au " je " de s'inscrire par rapport à la collectivité, et d'autre part de transformer le temps en complice de " son " existence dépassant largement les frontières du hic et nunc au profit du désir d'éternité. Dévoilant-dévoilé, le " je " de l'auteur-narrateur s'illusionne peut-être autant sur son existence - vaine aux yeux de tout lecteur - que sur sa manière de défier le temps sur le mode de l'absurde. D'ailleurs, on le sait, " le mouvement premier de l'écriture, chez Leiris, n'est pas celui de l'action, qui bouscule et interpelle, mais celui du spectacle ; il est le voyeur, plutôt que le narrateur, de sa propre vie ". La conscience de l'éternel, visée par toute œuvre autobiographique, n'étant sans doute que la manifestation de la conscience d'une absence ; espoir d'exister par et pour un autre être que soi en deçà et au-delà de tout néant.

Evelyne Rogue

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Bibliographie :

- Nietzsche Friedrich, Ainsi parlait Zarathoustra, éd. Bilingue, AUBIER-FLAMMARION, PARIS, 1969.

- Rousseau Jean-Jacques, Les Confessions, Bibliothèque de la PLEIADE, PARIS, 1969.

- Rousseau Jean-Jacques, Correspondance générale, éd. Th. Dufour et P.P. Plan, A. COLIN, PARIS, 1924-1934.

- Saint Augustin, Confessions, Bibliothèque de la PLEIADE, PARIS.

- Sartre Jean-Paul, Les Mots, GALLIMARD, PARIs, 1963.

- Sartre Jean-Paul, L'être et le néant, Tel GALLIMARD, PARIS, 1943.

- Lejeune Philippe, Le pacte autobiographique, SEUIL, Paris, 1975.


 


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Jeudi 17 avril 2008


E. ROGUE, "La représentation ou l’ambiguïté du voir chez Wittgenstein" in Arob@se, Vol. 6, N°1, 2002, Journal des lettres et sciences humaines (ISSN 1278 170X).



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Jeudi 10 avril 2008

 

 

Ouvrage collectif

Contributions au bonheur

Hors collection

978-2-7298-6724-9,  ROMMER

17,5 x 26 cm, 112 pages, 11 €

Parution : 1987        statut : Disponible

Chacun cherche le bonheur mais personne ne sait en quoi il consiste. Le propre d'une idée est que, élaborée par la raison à partir de ses exigences et non par l'entendement à partir de l'expérience, elle possède un contenu à tout jamais indéterminé. Telle est l'idée de bonheur. Nul ne peut la définir. Chaque expérience que nous pouvons avoir du bonheur vient s'inscrire dans une attente préalable sans jamais pouvoir la combler totalement. Le bonheur est une promesse qui ne peut être complètement tenue.
De cette ignorance où nous sommes de la nature et du Contenu du bonheur découle un certain nombre de paradoxes que nous tentons d'éclairer dans cet ouvrage.

Lire l'article

         Le bonheur, notion aussi abstraite que complexe, et pourtant universelle, semble renvoyer inéluctablement à l’indéfinissable, voire à l’indicible, pour employer un terme cher à Wittgenstein <!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]-->. Et cela se comprend d’autant mieux que nous savons que la diversité humaine est presque infinie de telle sorte que chaque bonheur particulier est l’ordonnance subtile et changeante de bonheurs singuliers. Autrement dit, les bonheurs particuliers sont pratiquement infinis. Il n’y a donc aucune raison pour que leur diversité se résolve spontanément en une harmonie d’autant qu’elle devrait encore correspondre exactement aux ressources disponibles. Le bonheur n’est-il donc qu’une illusion ? Ne renvoie-t-il pas à un au-delà beaucoup plus complexe ? N’est-il pas ontologiquement parlant inscrit dans l’homme ? N’est-il pas la téléologie de toute vie sur terre ? Autrement dit, le bonheur n’est-il pas plus qu’un concept ? Vous l’aurez compris notre propos ne consiste pas tant à dénoncer le Bonheur comme illusion, idéal de l’imagination ou utopie qu’à tenter d’en faire ressortir les aspects tant négatifs que positifs. Le bonheur comme en deçà et/ou au delà de la raison ne possède-t-il pas une valeur intrinsèque ? Peut-être même est-il source d’énergie, force vitale, puissance de persévérer dans son être pour tout individu désirant.

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Source Contributions au bonheur, «Le bonheur n'est-il qu'une illusion?», Ellipses, p. 79-83 (ISBN: 2-7298-6724-4), juin 1998.

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<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> “ Ce dont on ne peut parler, il faut le taire ”, L. Wittgenstein, Tractatus-Logico-Philosophicus.


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