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Collectif |
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Bergson, La pensée et le mouvant |
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Analyses & Réflexions |
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978-2-7298-4841-5, ARBERG |
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17,5 x 26 cm, 128 pages, 11,5 € |
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Parution : 1998 statut : Disponible |
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La multiplicité des approches du texte et la problématique des œuvres permet d'en apprécier la modernité, et de faire découvrir à des étudiants littéraires ou non littéraires des textes
classiques qui, sans cela, seraient restés incompris voire inconnus. |
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« O temps suspends ton vol ! C’est le voeu du poète, nous dit Alain, mais qui se détruit par la contradiction, si l’on demande « combien de temps le temps va-t-il suspendre son vol »[1] . Ce qui se comprend d’autant mieux que l’on sait que « le temps est [non seulement] ce qui se fait, [mais aussi] ce qui fait que tout se fait »[2]. En conséquence de quoi ce que nous appelons le présent se définirait sans doute moins comme une ligne de démarcation abstraite que comme un fragment de la durée comprenant tout autant le passé proche que l’avenir immédiat. En ce sens d’ailleurs, il semble nécessaire de s’interroger sur la manière dont il nous faut entendre, concevoir et appréhender ce temps bergsonien dont passé, présent et avenir semblent indissociables d’un temps duratif, pour ne pas dire d’une durée qui dure.
Le présent en tant qu’ « épaisseur de la
durée »
En effet, non seulement nous savons que « la durée toute pure est la forme que prend la succession de nos états de conscience quand notre moi se laisse vivre, quand il s’abstient d’établir une séparation entre l’état présent et les états antérieurs »[3], mais aussi que « l’avenir est là, [qu’] il nous appelle, ou plutôt [qu’] il nous tire à lui »[4] ; est-ce à dire alors que la présent en tant que tel n’existe pas ? Faut-il comprendre en cela que le présent n’est rien ? Difficilement appréhendable dans le hic et nunc, puisque toujours déjà dépassé, le présent semble s’évanouir dans un passé sans cesse recomposé et vécu comme projection du changement. En ce sens, le présent n’est, et ne peut être perçu que comme passage d’un état à un autre, passage d’un présent dépassé vers un avenir non encore réalisé, mais pressenti, en quelque sorte potentiel, voire virtuel, dans tous les cas « en puissance ». Et notre auteur d’ajouter que « cette traction ininterrompue qui nous fait avancer sur la route du temps, est cause aussi que nous agissons continuellement »[5] . En conséquence de quoi, ce ne serait peut-être pas le présent en soi qui nous ferait agir, mais bien une force autre ; laquelle en nous faisant sortir du hic et nunc nous transporterait alors dans un futur réalisé, ou pour le dire autrement « en acte ». Mais si effectivement « toute action est un empiétement sur l’avenir » [6], alors force est de se demander ce que devient le présent ; présent au sujet duquel Bergson reprochait d’une part aux scientifiques de ne l’appréhender que sous forme de médiations spatiales et à Kant de le mettre au même niveau que l’espace. Et nous en tenons pour preuve que « Quand la science positive parle du temps, c’est qu’elle se rapporte au mouvement d’un certain mobile T sur sa trajectoire. Ce mouvement a été choisi par elle comme représentatif du temps, et il est uniforme par définition. Appelons T1, T2, T3, ... etc., des points qui divisent la trajectoire du mobile en parties égales depuis son origine T0. On dira qu’il s’est écoulé 1,2,3,... unités de temps quand le mobile sera aux points T1, T2, T3,... de la ligne qu’il parcourt. Alors, considérer l’état de l’univers au bout d’un certain temps t, c’est examiner où il en sera quand le mobile T sera au point t de sa trajectoire. Mais le flux même du temps, à plus forte raison de son effet sur la conscience, il n’est pas question ici ; car ce qui entre en ligne de compte, ce sont des points T1, T2, T3, ... pris sur le flux, jamais le flux lui-même. On peut rétrécir autant qu’on voudra le temps considéré, c’est-à-dire décomposer à volonté l’intervalle entre deux divisions Tn, et Tn+1, c’est toujours à des points et à des points seulement, qu’on aura affaire »[7] . Or dans la perspective bergsonienne ce qui importe avant tout, ce n’est pas la succession d’instants, fussent-ils juxtaposés le plus près possible les uns des autres mais bien le flux scientifique du temps, c’est-à-dire la durée[8] ; durée qu’il cherche « à analyser, c’est-à-dire à la résoudre en concepts tout faits, je suis bien obligé, par la nature même du concept et de l’analyse, de prendre sur la durée en général deux vues opposées avec lesquelles je prétendrai ensuite la recomposer. Cette combinaison ne pourra présenter ni une diversité de degrés ni une variété de formes : elle est ou elle n’est pas. Je dirai par exemple, qu’il y a une multiplicité d’états de conscience successifs et d’autre part, une unité qui les relie. La durée sera la synthèse de cette unité et de cette multiplicité, opération mystérieuse dont on ne voit pas, je le répète, comment elle comporterait des nuances et des degrés » [9]. Ce qui ne signifie nullement que le concept de durée est un tout totalement et absolument dépourvu de nuances, mais plutôt qu’il fait appel à « une fine succession du « quel » et du « combien » comme se plaît à le dire G. Deleuze. Ainsi le devenir se donne à interpréter comme l’opposé de la durée ; et cela dans la mesure où cette dernière se définit avant tout comme multiplicité ne se laissant subsumer ni dans l’Un ni dans le Multiple.
[1] Alain, Elément de philosophie, Gallimard, 1941, Livre I, chap. XVII, note p. 80.
[2] H. Bergson, La pensée et le mouvant, P.U.F., Paris, 4éme Ed., 1984, « Introduction », « Première partie ».
[3]H. Bergson, Essais sur les données immédiates de la conscience, P.U.F., Paris, 4éme Ed., 1984, Chap. II, « De la multiplicité des états de conscience », « la durée réelle », p. 83.
[4] H. Bergson, L’Energie spirituelle, P.U.F., Paris, 4éme Ed., 1984, « La conscience et la Vie : conscience, mémoire, anticipation », p. 816.
[5] H. Bergson, Idem.,
[6] H. Bergson, Ibid.,
[7] H. Bergson, L’évolution créatrice, Chap. IV, « Le temps dans la science positive », P.U.F., Paris, 4éme Ed., 1984, p. 780.
[8] Bergson l’oppose justement au temps mathématisé et spatialisé, et la définit le plus précisément possible en la résolvant sous forme de concept.
[9] H. Bergson, La pensée et le Mouvant, P.U.F., Paris, 4éme Ed., 1984, « Introduction à la métaphysique, « Durée et symbole », p. 1416.
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